dimanche 30 novembre 2014

Le Yoga de la Bhagavad Gita


Chant IV, 20
Ayant abandonné tout attachement au fruit de son action, ne dépendant de rien ni de personne et toujours heureux, il ne fait pas la moindre chose, bien qu'il soit engagé dans l'action.

Un autre signe de l'ouvrier divin est une joie et une paix intérieure parfaites qui résident au centre même de la conscience divine et qui ne dépendent pas de rien au monde pour naître et pour durer - une paix et une joie innées, qui sont la substance même de la conscience de l'âme, la nature même de l'être divin. L'homme ordinaire dépend pour son bonheur des choses extérieures ; c'est pourquoi il a le désir ; c'est pourquoi il est sujet à la colère et à la passion, au plaisir et à la douleur, à la joie et au chagrin ; c'est pourquoi il évalue toutes choses avec la balance de la bonne et de la mauvaise fortune. Rien de cela ne peut affecter l'âme divine; elle est satisfaite à jamais et sans aucune sorte de dépendance.
p.160

Chant V, 8-9"Je ne fais rien" pense celui qui est uni au Moi et qui connaît l'essence des choses. Lorsqu'il regarde, entend, touche, sent, mange, marche, dort, respire, qu'il prend, donne, parle, ouvre les yeux ou les ferme, il ne voit là que les sens qui se meuvent parmi les objets sensibles
Le sage sait que les actions ne lui appartiennent pas, mais qu'elles appartiennent à la Nature et par cette connaissance même il est libre  il a renoncé aux oeuvres  et n'accomplit aucune action, bien que l'action se fasse par son intermédiaire ; il devient le Moi, le Brahman, il voit tous les êtres comme des devenirs de l'Être existant en soi, et son être comme l'un d'eux seulement; il voit que toutes leurs actions ne sont que le développement de la Nature cosmique qui opère par l'entremise de leur nature individuelle, et que sa propre action fait aussi partie de la même activité cosmique.
 p. 173


Chant XVIII, 78
Le secret de l'action - c'est ainsi que l'on pourrait résumer le message de la Gîtâ - est identique au secret de la vie et de l'existence. L'existence n'est pas un simple mécanisme de la Nature, un engrenage de lois dans lequel l'âme se trouve prise un instant ou pour des âges - c'est une manifestation constante de l'Esprit (...)
L'action n'existe pas seulement pour ses fruits apparents, extérieurs, dans le présent ou dans l'avenir; elle a un sens, et c'est la découverte de soi, l'accomplissement de soi, la réalisation de soi. (...)La loi d'action suprême, la loi la plus vaste, sans défaut, n'est donc pas de suivre une norme, un dharma extérieur ; elle est de découvrir la vérité de votre existence la plus haute et la plus profonde, et de vivre en elle (...) Connaissez donc votre Moi, sachez que vôtre vrai Moi est Dieu et un avec le Moi de tous ; sachez que votre âme est une parcelle de Dieu.
pp.392-393


Srî Aurobindo, Le Yôga de la Bhagavad Gîtâ, 1938. Tchou, 1969, adaptation française de Philippe B. Saint-Hilaire

Chant nocturne du guetteur




Né pour voir
Appelé à regarder
Voué au guet-
Le monde me plaît.
J'épie au loin,
Je vois à l'entour
La lune et les étoiles,
La forêt et le chevreuil.
Je vois en toutes choses
L'éternelle beauté
Toute chose me plaît.
Aussi je me plais à moi-même.
Ô mes yeux bienheureux,
Tout ce que vous vîtes,
Quoi qu'il advienne,
C'était bien beau !

Goethe